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Le Journal Intime d'Akemi Su, et quelques nouvelles policières/fantastiques.

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Extrait 1

   ‘‘Ce jour-là, j’étais en voyage dans l’Est de l’Angleterre, dans la ville ancienne de Petersfield, ville commerçante située dans la vallée de Westhern Rother. Un voyage que je n’avais pas demandé, et auquel j’avais encore moins consenti. Mais qu’y pouvais-je ? C’était comme ça depuis que ma famille s’était recomposée.

   Un déménagement précipité en Floride, l’état natal américain de Camryn, la nouvelle femme de mon père, deux beaux-frères jumeaux de deux ans mes cadets et aux hobbies douteux, et l’ambiance la plus plombée que je n’avais jamais vécue. Et consciente qu’en dépit du fait que je m’adonnais, non sans un certain sentiment de nature sadique, je l’avoue, à cette mascarade sociale façonnée d’hypocrisie et de mensonges quotidiens, - au grand contentement de mes parents, ravis de leur « petite » fille bien sage -, j’allais devoir endurer mon calvaire pendant encore un certain temps. Certes, je n’étais pas la plus commode des personnes.

   Mais peu m’importait.

   J’étais assise contre le bord d’une fontaine, les jambes repliées sur moi-même, les bras entourant mes jambes, en position fœtale. J’avais réussi à échapper à la visite de monuments historiques qui tenait tellement à cœur à mon père, Jamie, ce dernier voulant « tisser des liens entre les membres de sa merveilleuse petite famille », selon ses propres termes.

   Partant sans doute d’un bon sentiment, et probablement sans lui-même le vouloir, Jamie avait usé de deux oxymores dans la même proposition ; tout d’abord en parlant de « petite famille », car comptant deux enfants du côté de Camryn, quatre du côté de ma mère – les trois premiers enfants de ma mère, et celui qu’elle avait eu avec son nouveau mari -, et moi, nous étions sept enfants et quatre adultes, ce qui faisait un total de onze, et donc ne représentait pas un chiffre si petit que ça.

Mais bon, je le répétais ; peu importait.’’

 

  Noyée dans ses pensées, Callie contemplait le ciel - d’un bleu glacé - dans un état second, proche de l’extase émotionnelle. Assise à même le sol, rêche et sableux, la jeune fille savourait le plus possible cette impression de tranquillité, coupée du reste du monde et des soucis qu’il impliquait. Elle frissonna lorsqu’un doux rayon de soleil lui caressa délicieusement la peau, après que le petit nuage blanc qui l’obstruait s’en fut allé, probablement chassé par une affectueuse brise de vent. Une sensation de bien être emplit sa personne.

   Prise d’un élan de féminité qu’elle ne put parer, elle sortit de son sac en bandoulière un miroir de poche simple et noir, afin de se recoiffer, mais aussi, comme toutes femmes, de s’assurer que son potentiel de séduction était à son apogée. Une moue sceptique lui vint naturellement à la vue d’un petit bouton de fièvre rougeâtre, qui pointait timidement le bout du nez sous le coté gauche de sa lèvre inférieure. La grimace n’aidant pas, elle se jugea instantanément horrible.

   Le verdict était sans appel : son teint semblait brouillon, bien que plutôt pâle, ses sourcils nécessitaient une bonne épilation, tandis que la couleur naturelle de ses lèvres déçue, une fois de plus, la jeune dublinoise, trop rouge à son goût. Après avoir remis en ordre deux ou trois de ses mèches auburn, à l’aide de ses doigts, Callie referma son miroir d’un geste sec, visiblement un peu contrariée.

  Presque immédiatement, un peu comme s’il subissait les changements d’humeurs de la jeune fille, le temps changea du tout au tout. Comme aimantés par une force invisible, des nuages noirs commencèrent à s’amasser dans le ciel radieux de Petersfield. Brutalement, l’atmosphère devint lourde, et l’apesanteur se détraqua. L’air semblait se charger en électricité. Callie se redressa brusquement, en alerte, mais fut rejetée à terre tant l’air était à présent écrasant. Elle n’avait jamais rien ressenti de tel ; l’atmosphère devenait dangereusement tendue, toute échappatoire était maintenant exclue, se débattre inutile. Sa respiration était de plus en plus difficile.

   Un son déchirant se propagea  jusqu’aux tympans de la dublinoise ; le Son, dans son entité complète, n’était plus qu’un bourdonnement sourd et menaçant. La jeune fille eut l’impression de se trouver dans un bocal qu’on aurait saturé de milliers de guêpes invisibles et qu’on aurait ensuite secoué impitoyablement (...).

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