
Me voici au royaume des walkyries. D’un geste souverain, je tâte délicatement la surface du lac qui se présente à moi. Le contact avec la tiédeur de l’eau sacrée me rassure, et me décide à y déposer mon pied droit, puis le gauche. Ciel ! Je marche à présent sur l’eau. Et fort gracieusement de surcroît ! Jésus Christ lui-même ne pourrait faire mieux.
Mes pas devenant plus rapides et plus sûrs, je commence alors mon périple à la manière d’une danseuse étoile lorsque, soudain devant moi, s’ouvre en deux le lac. Le lac s’ouvre en deux ? Oh là du calme… nous ne sommes pas dans les dix commandements ! Perdant équilibre, je me mets à tomber dans un gouffre sans fond. Complètement paniquée, je tente vainement des mouvements désarticulés dans le néant, avec le sombre espoir de me rattraper à quelque chose. Des gouttelettes de transpiration envahissent mon visage. Non… ce n’est pas de la transpiration. On dirait bien que quelque chose me lèche le visage. N’entendrais-je pas une sonnerie au loin ?
D’un violent mouvement sur le côté, j’essaye de repousser mon envahisseur… et chute de mon lit. Oh non… c’était juste un rêve, hein ? Un feulement terrible retentit dans la seconde ; mon chat, écrasé par ma faible corpulence, arme immédiatement ses griffes et me fait comprendre sa douleur en transformant mon visage en râpe à gruyère. En une tentative colérique de sauvegarder le peu de figure qu’il me reste, j’attrape la pauvre bête et la balance par la fenêtre de ma chambre. Ça lui apprendra, tiens, à cette ingrate. Je regrette instantanément mon geste. Heureusement pour Racine, mon chat, mon appartement se trouve au premier étage, il n’a pas dû atterrir bien loin.
Un peu mièvre, je m’écroule sur l’un des sièges pouf de ma chambre, le réveil de mon GSM sonnant encore. Ma vue pas encore très nette porte alors sur un poster géant d’Antique Café et the GazettE, mes groupes de rock Japonais préférés, réunis à l’occasion d’une séance photo pour un populaire hebdomadaire Japonais adulés par les jeunes nippons.
Mes idées se remettent doucement en place. Je me souviens qu’étant lycéenne en Terminale Littéraire, ma journée s’annonce exténuante ; au menu ce vendredi matin, devoir de Philo et d’Allemand. Bien entendu, cela ne me rend que plus enthousiaste vis-à-vis de la journée que, du haut de mon mètre soixante et onze et de mes dix-sept ans, je m’apprête à croquer sans trop d’appétit. Heureusement que les vacances de Noël arrivent à grand galop. D’ailleurs, je n’ai toujours pas acheté de cadeaux…
Tu tudu, tu tudu, tu tudu… j’en avais presque oublié mon natel* qui sonne toujours. Je me résous à me lever pour l’éteindre avec la plus mauvaise volonté du monde et me prépare à rejoindre mon lycée adoré.
Allez, let's go les amis.